Inhumain

Publié le par Black Flame

"Tu es inhumain..."

Ma soeur pleure dans mes bras. Elle a raison. Je suis un monstre.

Quelques minutes auparavant, nous nous sommes disputés. Comme à chaque fois, c'est parti de rien : un exercice de chimie. Au fur et à mesure, la discussion s'est envenimée. Le ton est monté. Les reproches ont fusées. Puis les critiques et les attaques directes. Enfin elle a craqué. J'aurais dû en rester là. Mais je ne l'ai pas fait. Ce soir je suis allé trop loin. Je lui ai dit les choses qu'il ne fallait pas.

Elle s'est tue. Il y eut un très long silence. J'ai fermé la porte sans la claquer de sorte à écouter sa réaction. Elle n'en eut aucune. Elle était sous le choc. J'ai attendu cinq minutes. Une éternité. Très vite la colère et l'orgueil se sont dissipés, supplantés par les remords. Elle a commencé à sangloter, doucement, sans bouger, pour que je ne l'entende pas. Je l'ai entendue. Je suis retourné la voir. Je me suis approché d'elle. Elle m'a repoussé.

"Pardonnes-moi..."

Je l'ai prise dans mes bras. Je l'ai cajolée. Je ne me souviens pas l'avoir jamais fait.

Nous sommes restés plusieurs minutes ainsi. Le temps qu'elle sèche ses larmes. Je la serrais fort contre moi. Je lui caressais le dos. Je l'embrassais comme un enfant. Sans bouger ; sans parler. Mille mots m'ont traversés la tête. Je n'ai pu en prononcer aucun.

Durant tout ce temps elle n'a pas levé une seule fois les yeux vers moi. Etait-ce par crainte ? Par honte ? Je voulais qu'elle me regarde. Qu'elle me pardonne. Puis elle a esquissé un mouvement. J'ai déserré mon étreinte. Elle s'est levée. Je suis retournée dans ma chambre. Je me suis habillé. J'ai pris mes clés. Je suis sorti.

"Tout est de ma faute. Je me sens si seul..."

Le compteur indique 150 Km/h. Les panneaux 90 Km/h. Je viens de passer le radar. Je continue d'accélérer.

Voilà une bonne heure au moins que je roule. Il ne me reste plus beaucoup d'essence. Je suis loin de chez moi. Je suis paumé. Je tourne en rond. Je cherche l'autoroute. Je ne la trouve pas. Je m'enfonce dans les petites rues d'une pauvre ville. J'ai coupé la musique. Je ne veux entendre que le silence et le bruit du moteur. Je ne pense à rien. Je n'ai plus peur de rien. Je veux oublier.

J'arrive près de chez moi. Il est 2h48. Je roule depuis bientôt deux heures. Je n'ai pas envie de rentrer. Je continue. Je roule doucement, tous feux éteints. La pluie redouble d'intensité. J'ai coupé les essuie-glace. Je donnerai un coup quand je ne verrai absolument plus rien.

"Il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville..."

Jamais poème n'aura exprimé si bien ce que je ressent. La nuit verse ces larmes que mon coeur ne peut répandre.

Je suis devant chez moi, dans ma voiture. J'ai coupé le contact et les feux. La fenêtre est entrouverte. Des gouttes froides éclaboussent mon bras et mon visage. Je ferme les yeux. Je me sens bien. Je me sens mieux. Je reste un peu.

Tout est calme. J'écoute le chant de la pluie. Chaque goutte qui claque est une note qui résonne. La mélodie, divine, évoque la tristesse et la solitude. La lune et les ténèbres accompagnent en choeur le dramatique opéra qui se joue autour de moi. La pluie cesse. L'oeuvre s'achève. Je rentre.

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Publié dans Pique

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Je ne te crois pas sur le point de disparaître dans la mesure où tu as publié un ouvrage ainsi que tous les textes qui figurent ici, et ceux de ta boîte à chaussures. Les paroles s'envolent, les écrits restent, et les âmes se déplacent, se transforment sans pour autant disparaître tout à fait. Bonne continuation.
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Bonsoir BF,<br /> C'est en consultant l'administration de mon blog que j'ai vu une visite en provenance du tiens, alors, piquée de curiosité, j'ai décidé d'aller y jeter un oeil. Et là, agréablement surprise par le texte d'ouverture, le plus récemment publié, j'ai entrepris de lire tes écrits depuis la création de cet espace privé. Je mets un commentaire sur cet article, surprise et heureuse d'y lire une citation qui m'est chère, "il pleure dans mon coeur comme il pleut sur la ville..." (Ariettes oubliées!). En revanche, je suis plus curieuse encore de savoir, si ce n'est pas indiscret, comment tu as découvert Tears of the Dark, et également, très curieuse de savoir pourquoi tu as choisi de mettre un lien vers celui-ci sans m'avoir jamais laissé un commentaire ni demandé mon "accord", note bien que je n'ai rien contre, ce qui y est publié l'est pour que tout à chacun puisse s'en nourrir, s'en repaître ou en faire ce que bon lui semble.<br /> Mes amitiés, et chapeau bas pour tes écrits dont je m'en vais de ce pas poursuivre la lecture.<br /> A bientôt j'espère.<br /> † Lilith †
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B
<br /> J'ai suivi des fils, et le tien m'accroché. Pourquoi apparaître quand on est sur le point de disparaître ? Je suis un animal qui manque d'humanité. La politesse me fait défaut J'agis à d'instinct<br /> et d'insolence. Je ne demande pas ni ne remercie. Je prends et je donne.<br /> <br /> Baï²<br /> <br /> ;)<br /> <br /> <br />
J
Je reviens sur ce texte qui m'avait beaucoup touchée. Il me rappelle ma grande soeur...<br /> Ça fait un petit moment que je parcourait ton blog de long en large sans jamais oser y laisser ma trace. C'est maintenant chose faite. Merci d'être passé me voir.
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S
Mais bien sûr que je te pardonne !! Ecrire c'est pour être lu après tout. Et je te lis. Par contre, hors de question que je prenne les responsabilités pour le Tome II !! ;-)
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S
C'est vraiment magnifique... Ca me rappelle le polar que je viens de lire (tu sauras dès demain duquel il s'agit, tu sais où aller pour ça ;-))<br /> <br /> Mais je confirme, c'est vraiment magnifique ce que tu as écrit là. J'en reste encore bouche bée
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B
Je dois te faire une confidence : au départ ce texte t'étais destiné. Mais j'avais besoin de me défouler. Il fallait que je me "confie au monde entier". Une seule personne, même proche, ce n'était pas assez. J'espère que tu me pardonnes.Bises & Bisous comme dirait le journaliste ps : j'entame le tome II. Je ne devrais pas. J'ai masse de taff. Je suis accroc. C'est ta faute ça ! ;)