Quasimodo
Ma métamorphose se confirme. Je deviens bien ce monstre qui m'effraie.
Ce matin j'ai revu ma grand-mère chinoise. Elle n'avait pas changé d'un pouce par rapport à mes souvenirs (la dernière fois, c'était il y a 4 ans). En revanche, il semble qu'il n'en soit pas de même pour moi. Sa première réflexion a été de souligner mon "regard noir". Suite à quoi elle a rajouté qu'elle "ne me reconnaissait pas". C'est vrai que tout n'a pas été toujours rose ces dernièrs temps, mais de là à ce que ma propre grand-mère le remarque ainsi, il y a de quoi se poser des questions. Si encore, ma mutation n'était que physique...
Ma transformation est surtout morale. Aujourd'hui m'a apporté une preuve supplémentaire de la fossilisation de mon coeur.
Avec la famille on a été voir mon grand-père à l'hopital, sur son lit de mort. Il est plongé dans un sommeil artificiel et n'est plus relié au monde des vivants que par une série de tubes, de cathéters et d'électrodes. Il ne lui reste plus que quelques heures / jours à vivre. Les visites se font par deux maximum. J'ai été le voir avec mon père.
Mon père est l'homme le plus fort et le plus fier que je connaisse. Je ne l'ai jamais vu pleurer. Et j'ai toujours fait en sorte qu'il en soit ainsi. Je sais que certains textes que je lui ai écrit l'ont beaucoup ému, mais je ne les lui ai jamais donné directement. Je me suis toujours arrangé pour qu'il tombe dessus de lui-même. Telle est notre façon de nous aimer et de nous respecter.
Cet après-midi pourtant, devant son père endormi, je l'ai vu faible comme jamais auparavant. Les mains tremblantes, les yeux rougis, de l'hésitation dans la voix quand il s'adressait aux infirmières en train de prodiguer les soins. Je voyais à quel point la scène était dure pour lui. Mais moi je ne ressentais rien. Putain mais merde ! c'est mon grand-père qu'il s'agit ! ... Mais non, rien. Ni peur, ni douleur, ni colère, ni aucun autre sentiment humain. Tout juste un peu de peine pour mon père. Je peux lire et deviner chacune de ses émotions, chacune de ses pensées ("je suis arrivé trop tard... c'ets horrible, il n'est vivant que grâce à l'électricité... je connais l'électricité sur le bout des doigts, je suis le meilleur dans mon domaine, et pourtant je ne peux rien faire... j'aurais dû venir plus tôt... ce n'est pas juste, il y a tant de salauds qui ne le méritent pas et qui s'en sortent, et lui il est allongé là, inerte et sur le point de crever... il ne m'entend pas, ne me vois pas, ne peux pas me toucher, ne peux pas me parler... il est comme déjà mort... et toutes ces boursoufflures, ces oedèmes, mon pauvre père... je m'en veux... rage... douleur... tristesse... solitude... nostalgie...désespoir"), mais je ne peux en ressentir aucune. Je ne vois qu'un homme qui dort et qui respire, l'air insouciant, sur un petit lit avec des rambardes de chaque côté. L'une des aides-soignantes me dit que je peux m'approcher. Peut-être croit-elle que je suis déstabilité, que je n'ôse pas m'avancer. Je fais un pas en avant pour lui faire plaisir. Au fond de moi je n'e nvois pas l'utilité et je me hâte de rentrer.
Même maintenant je ne ressens rien. Les questions défilent dans ma tête : "Et lorsque viendra le tour de mon père, est-ce que j'aurai la même insensibilité ?", "Et si demain c'était Petit Blond ou Babou qui mourrait, est-ce que je pleurerais ?", "Pourquoi je ne ressens rien pas même de la culpabilité ?", "Est-ce que je suis fort ou faible ?", "Suis-je si désespéré du monde et de la vie pour ne plus être touché par la mort ?", "Suis-je un monstre ?".
De toutes, c'est cette dernière question qui me trouble le plus. Car c'est celle dont je perçois le mieux la réponse...
Ce matin j'ai revu ma grand-mère chinoise. Elle n'avait pas changé d'un pouce par rapport à mes souvenirs (la dernière fois, c'était il y a 4 ans). En revanche, il semble qu'il n'en soit pas de même pour moi. Sa première réflexion a été de souligner mon "regard noir". Suite à quoi elle a rajouté qu'elle "ne me reconnaissait pas". C'est vrai que tout n'a pas été toujours rose ces dernièrs temps, mais de là à ce que ma propre grand-mère le remarque ainsi, il y a de quoi se poser des questions. Si encore, ma mutation n'était que physique...
Ma transformation est surtout morale. Aujourd'hui m'a apporté une preuve supplémentaire de la fossilisation de mon coeur.
Avec la famille on a été voir mon grand-père à l'hopital, sur son lit de mort. Il est plongé dans un sommeil artificiel et n'est plus relié au monde des vivants que par une série de tubes, de cathéters et d'électrodes. Il ne lui reste plus que quelques heures / jours à vivre. Les visites se font par deux maximum. J'ai été le voir avec mon père.
Mon père est l'homme le plus fort et le plus fier que je connaisse. Je ne l'ai jamais vu pleurer. Et j'ai toujours fait en sorte qu'il en soit ainsi. Je sais que certains textes que je lui ai écrit l'ont beaucoup ému, mais je ne les lui ai jamais donné directement. Je me suis toujours arrangé pour qu'il tombe dessus de lui-même. Telle est notre façon de nous aimer et de nous respecter.
Cet après-midi pourtant, devant son père endormi, je l'ai vu faible comme jamais auparavant. Les mains tremblantes, les yeux rougis, de l'hésitation dans la voix quand il s'adressait aux infirmières en train de prodiguer les soins. Je voyais à quel point la scène était dure pour lui. Mais moi je ne ressentais rien. Putain mais merde ! c'est mon grand-père qu'il s'agit ! ... Mais non, rien. Ni peur, ni douleur, ni colère, ni aucun autre sentiment humain. Tout juste un peu de peine pour mon père. Je peux lire et deviner chacune de ses émotions, chacune de ses pensées ("je suis arrivé trop tard... c'ets horrible, il n'est vivant que grâce à l'électricité... je connais l'électricité sur le bout des doigts, je suis le meilleur dans mon domaine, et pourtant je ne peux rien faire... j'aurais dû venir plus tôt... ce n'est pas juste, il y a tant de salauds qui ne le méritent pas et qui s'en sortent, et lui il est allongé là, inerte et sur le point de crever... il ne m'entend pas, ne me vois pas, ne peux pas me toucher, ne peux pas me parler... il est comme déjà mort... et toutes ces boursoufflures, ces oedèmes, mon pauvre père... je m'en veux... rage... douleur... tristesse... solitude... nostalgie...désespoir"), mais je ne peux en ressentir aucune. Je ne vois qu'un homme qui dort et qui respire, l'air insouciant, sur un petit lit avec des rambardes de chaque côté. L'une des aides-soignantes me dit que je peux m'approcher. Peut-être croit-elle que je suis déstabilité, que je n'ôse pas m'avancer. Je fais un pas en avant pour lui faire plaisir. Au fond de moi je n'e nvois pas l'utilité et je me hâte de rentrer.
Même maintenant je ne ressens rien. Les questions défilent dans ma tête : "Et lorsque viendra le tour de mon père, est-ce que j'aurai la même insensibilité ?", "Et si demain c'était Petit Blond ou Babou qui mourrait, est-ce que je pleurerais ?", "Pourquoi je ne ressens rien pas même de la culpabilité ?", "Est-ce que je suis fort ou faible ?", "Suis-je si désespéré du monde et de la vie pour ne plus être touché par la mort ?", "Suis-je un monstre ?".
De toutes, c'est cette dernière question qui me trouble le plus. Car c'est celle dont je perçois le mieux la réponse...
Publicité