Zone dangereuse
La vapeur chaude s'échappe de la porte vitrée. L'eau est à température. Il est temps de prendre ma douche. L'heure de morfler.
J'ai pris très cher ce soir. Je me suis fait faucher sauvagement sur un terrain en terre rouge dur et sec. J'ai littéralement mangé la poussière. Je suis salement amoché. Déjà hier j'ai douillé sévère. Aujourd'hui j'ai pris plein pot. J'ai des plaies sur tous le corps. Des égratignures au menton, des érafflures au tibia, des blessures au genou, des entailles sur le torse, mais ce sont mes mains qui ont le plus souffert. J'ai carrément une crevasse sur le tranchant gauche - la chair est touchée et le trou béant - et tout plein de gravillons enfoncés dans les paumes. Sans compter le dessus des doigts ou la peau au-dessus du poignet. J'ai fait les comptes : j'ai perdu environ 40 cm² d'épiderme. Heureusement, il m'en reste plusieurs kilomètres.
Comme je le craignais, je souffre. La douleur est atroce. Pas assez. J'augmente la température. La tête me tourne. Je me sens vide de toute force. Je continue. 37,5°. Je me savonne. Il faut désinfecter. Je vis un calvaire. Un millier d'épines transpercent mes mains et ma poitrine. Je ne pense plus à rien. Seulement à la douleur. Et au sang qui se mélange à l'eau bouillante et qui coule le long de mes bras et qui goutte à mes pieds et qui disparaît dans le siphon de la baignoire. Les perles écarlates qui éclatent sur le tapis de bain sont comme ces larmes de solitude et de désespoir que je voudrais pleurer mais que mes yeux et mon coeur me refusent.
J'ai beau frotté. La saleté ne s'en va. La terre et les cailloux sont incrustés trop profondément. J'arrache quelques bouts de peau qui pendouillent et qui me gènent. Le jet d'eau réglé au maximum ne fait rien. La crasse demeure. Je me sens minable.
Ce matin j'ai envoyé un nouveau texto à Esméralda. Elle ne m'a toujours pas répondu. Elle ne répondra pas. En rentrant Petit Bond a insisté pour que j'avoue que je l'aime. J'ai nié jusqu'au bout. En fait je m'en fous. Le monde m'ennuie. Plus rien ne me rend heureux. Je n'ai plus de désir, plus d'espoir. Je ris mais je suis triste. Je suis fatigué. J'ai envie de dormir, de rêver et de ne plus me réveiller. Je ne veux pas mourrir, mais je n'arrive pas à vivre. J'ai mal. Je suis seul. Chaotiquement seul.
Et j'ai foutu du sang plein mon vieux bureau blanc...
J'ai pris très cher ce soir. Je me suis fait faucher sauvagement sur un terrain en terre rouge dur et sec. J'ai littéralement mangé la poussière. Je suis salement amoché. Déjà hier j'ai douillé sévère. Aujourd'hui j'ai pris plein pot. J'ai des plaies sur tous le corps. Des égratignures au menton, des érafflures au tibia, des blessures au genou, des entailles sur le torse, mais ce sont mes mains qui ont le plus souffert. J'ai carrément une crevasse sur le tranchant gauche - la chair est touchée et le trou béant - et tout plein de gravillons enfoncés dans les paumes. Sans compter le dessus des doigts ou la peau au-dessus du poignet. J'ai fait les comptes : j'ai perdu environ 40 cm² d'épiderme. Heureusement, il m'en reste plusieurs kilomètres.
Comme je le craignais, je souffre. La douleur est atroce. Pas assez. J'augmente la température. La tête me tourne. Je me sens vide de toute force. Je continue. 37,5°. Je me savonne. Il faut désinfecter. Je vis un calvaire. Un millier d'épines transpercent mes mains et ma poitrine. Je ne pense plus à rien. Seulement à la douleur. Et au sang qui se mélange à l'eau bouillante et qui coule le long de mes bras et qui goutte à mes pieds et qui disparaît dans le siphon de la baignoire. Les perles écarlates qui éclatent sur le tapis de bain sont comme ces larmes de solitude et de désespoir que je voudrais pleurer mais que mes yeux et mon coeur me refusent.
J'ai beau frotté. La saleté ne s'en va. La terre et les cailloux sont incrustés trop profondément. J'arrache quelques bouts de peau qui pendouillent et qui me gènent. Le jet d'eau réglé au maximum ne fait rien. La crasse demeure. Je me sens minable.
Ce matin j'ai envoyé un nouveau texto à Esméralda. Elle ne m'a toujours pas répondu. Elle ne répondra pas. En rentrant Petit Bond a insisté pour que j'avoue que je l'aime. J'ai nié jusqu'au bout. En fait je m'en fous. Le monde m'ennuie. Plus rien ne me rend heureux. Je n'ai plus de désir, plus d'espoir. Je ris mais je suis triste. Je suis fatigué. J'ai envie de dormir, de rêver et de ne plus me réveiller. Je ne veux pas mourrir, mais je n'arrive pas à vivre. J'ai mal. Je suis seul. Chaotiquement seul.
Et j'ai foutu du sang plein mon vieux bureau blanc...
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